À Larressore, à trois minutes d'Espelette et un quart d'heure de Bayonne, une porte s'ouvre sur l'un des plus beaux ateliers d'art de France. Depuis 1780 — soit avant la Révolution française — la famille Ainciart Bergara y fabrique le makhila, ce bâton traditionnel basque qui n'est pas seulement un objet de marche, mais un véritable symbole d'honneur.
Sept générations, une seule famille, un seul lieu
L'histoire commence avec la famille Ainciart, distaffiers à Larressore. Jean Ainciart (1862-1932), surnommé Quillot, devient le premier à donner au makhila ses lettres de noblesse — il décroche la médaille d'or à l'Exposition Universelle de Paris en 1889. En 1926, sa fille Marie-Jeanne épouse Jean Bergara, et les deux noms s'inscrivent désormais ensemble sur chaque pièce. Jean Bergara obtient à son tour deux médailles d'argent à l'Exposition Universelle de 1937, puis le titre de Meilleur Ouvrier de France en 1936.
Aujourd'hui, le savoir-faire continue de se transmettre. Nicole Bergara perpétue la tradition. Sa fille Liza Bergara, formée à la gravure ornementale à l'École Boulle (Paris), a rejoint l'atelier en 2017 et y grave désormais blasons, initiales et décors. Xavier Retegui, artisan de l'atelier, a été nommé Maître d'Art par le ministère de la Culture en 2019, avec mission de transmettre tout son savoir à Liza.
Un savoir-faire reconnu par l'UNESCO
L'atelier est inscrit à l'inventaire UNESCO des métiers d'art rares au titre du patrimoine culturel immatériel, et labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) plus de 100 ans. Tout est fait sur place : sélection du bois de néflier (marqué pendant qu'il pousse), travail du cuir, façonnage des métaux (laiton, maillechort, argent), gravure, montage. Chaque makhila est unique, fabriqué sur mesure, et ne peut être acheté qu'à Larressore.
Un objet, des récipiendaires d'exception
Difficile de citer toutes les personnalités à qui un makhila Ainciart Bergara a été offert, tant la liste est vertigineuse :

Tous les Présidents de la Vᵉ République (de De Gaulle à Hollande)
Ronald Reagan, le Prince Philip, le Pape Jean-Paul II, Nelson Mandela
Charlie Chaplin, César, Jean Dujardin, Léon Zitrone, Gérard Klein
Hélène Darroze, Chantal Thomass
Côté sport : Platini, Cantona, Lizarazu, Didier Deschamps, Teddy Thomas…

Une partie de cette galerie est d'ailleurs visible dans l'atelier — un véritable petit musée vivant.
Une visite à ne pas manquer
L'atelier se visite librement et gratuitement, du lundi au vendredi (et le samedi matin en saison). On y assiste aux différentes étapes de fabrication, on observe les anciens établis, les tiges de néflier en cours de séchage (un processus qui peut prendre des années), et on peut même rencontrer les artisans au travail. Une salle de projection complète la visite avec un film de 33 minutes sur le savoir-faire de la maison.
Pour les groupes (15 pers. minimum), des visites guidées sont proposées sur réservation (4 à 5 €/pers.) en français, basque, anglais ou espagnol.
Que vous soyez de passage au Pays Basque ou que vous y viviez depuis longtemps, l'atelier Ainciart Bergara est de ces lieux qu'il faut avoir vus une fois — et sans doute commandé un makhila, un jour, pour se l'offrir ou l'offrir.