À Saint-Étienne-de-Baïgorry, sur la route de Saint-Jean-Pied-de-Port, la Cave d'Irouleguy n'est pas une coopérative comme les autres. C'est la seule de son AOC. Elle représente à elle seule 60 % du plus petit vignoble d'appellation de France, et depuis 1952, elle porte à bout de bras une histoire qui, sans elle, n'aurait sans doute jamais retrouvé ses lettres de noblesse.
Une histoire née d'un pari fou
Au sortir de la Première Guerre mondiale, le vignoble d'Irouléguy — pourtant aménagé au XIIᵉ siècle par les moines de l'abbaye de Roncevaux pour désaltérer les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle — est presque totalement anéanti. La Grande Guerre a emporté beaucoup de bras, le phylloxéra a fait le reste. En 1952, 9 viticulteurs passionnés décident de s'associer pour redonner vie à ces terres ancestrales. L'AOC suivra en 1970. Un pari qui aurait pu ne jamais aboutir — et qui, 74 ans plus tard, fait vivre tout un territoire.
Aujourd'hui, la coopérative regroupe 85 adhérents (dont 42 en AOC Irouléguy), 16 salariés, et produit environ 600 000 bouteilles par an sur 146 hectares de vignes, dont 31 hectares en agriculture biologique et conversion. Malgré ces chiffres localement importants, elle reste l'une des plus petites coopératives viticoles de France. Une taille humaine assumée, qui fait toute sa singularité.
Un vignoble d'exception, entre Pyrénées et Atlantique
L'AOC Irouléguy, ce sont 240 hectares de vignes répartis sur 15 communes, du plus petit vignoble AOC de France. Des parcelles perchées entre 200 et 400 mètres d'altitude, souvent en terrasses, avec un dénivelé moyen de 60 %. Ici, on ne vendange pas à la machine : c'est la main de l'homme, à chaque saison, qui cueille les grappes.
Le terroir bénéficie d'une double influence rare : celle des Pyrénées en toile de fond, et celle de l'océan Atlantique tout proche. Les cépages, eux, sont profondément locaux :
Cépages rouges (90 %) : Tannat, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon
Cépages blancs (10 %) : Gros Manseng, Petit Manseng, Petit Courbu
Le résultat : des vins rouges puissants, des rosés vifs, et des blancs frais et complexes — parfois biologiques, parfois sans sulfites, toujours enracinés dans leur montagne. Les cuvées de la Cave, comme la fameuse Omenaldi (hommage en basque), sont régulièrement récompensées par le Guide Hachette et Gault & Millau.
Une visite qui fait vivre le vin
En 2023, la Cave a reçu le prix "Offre Remarquable" des Trophées de l'Œnotourisme dans la catégorie Promotion du Terroir. Une distinction qui salue le travail remarquable réalisé autour de l'accueil du public.
Dans son nouvel espace de découverte immersif, aménagé au cœur du chai, la visite se vit avec les cinq sens : vidéos immersives sur les parcelles, jeu autour des senteurs pour reconnaître les arômes du vin, vues sur le cuvier et les chais à barriques, dégustation offerte pour découvrir les spécificités du vignoble. Un coin dessin et un circuit adapté ont même été prévus pour les enfants — une vraie visite en famille est possible.
Et pour aller plus loin, la Cave propose des visites guidées thématiques sur réservation, d'avril à septembre : parcours dans les vignes, dégustation accord vins-chocolat, découverte des cépages… De quoi vivre une véritable expérience sensorielle.
Un projet coopératif qui tient
Ce qui fait la force de la Cave d'Irouleguy, c'est aussi son modèle. Face à des vignerons indépendants toujours plus nombreux (17 domaines existent aujourd'hui dans l'appellation), la coopérative maintient un esprit collectif où les jeunes générations sont associées aux anciens — ceux-là mêmes qui ont "sauvé" le vignoble dans les années d'après-guerre. Elle permet à des petites exploitations de continuer d'exister, préserve l'emploi rural, et fait vivre tout un pan du Pays Basque intérieur.
À l'ombre des Pyrénées, dans un décor où les vignes escaladent les collines, la Cave d'Irouleguy est bien plus qu'un producteur : c'est un gardien de terroir. Et sans doute l'une des adresses les plus émouvantes du Pays Basque, où le vin ne se boit pas — il se raconte.



